Sébastien Desmazeau : « Démarrer quelque chose de différent »

Sebastien Desmazeau
4/12/2019

Sébastien Desmazeau, arrivé au club cet été pour coacher les U19, s’est vu confier la responsabilité de l’équipe N3 depuis lundi, suite au départ de François Seguin et à la nomination de Sébastien Chapuis pour entraîner les U19.



Originaire de Poitiers et âgé de 46 ans, Sébastien a connu une carrière de joueur, du centre de formation de Niort en passant par la Division d’Honneur à Niort et Poitiers, la National 3 avec Montauban, jusqu’en National 1 avec Châtellerault en 1996. Il débute sa carrière d’entraîneur, tout en restant joueur, à Rochefort (DH/DHR), puis à Royan (DHR), avant de raccrocher les crampons en 2002 pour se consacrer au métier d’éducateur.

 

Créateur des stages vacances Dominique Rocheteau, Sébastien a entraîné depuis 1996 toutes les catégories de Poussins à Seniors. Il a passé 12 ans à Poitiers, avec qui il a connu une montée en National 3. Il a ensuite entraîné les U19 Nationaux du Stade de Reims avant de rejoindre le Stade Lavallois l’été dernier, un club où il y a selon lui de « la convivialité, du rapprochement entre les gens, ce qui permet d’obtenir de la collaboration entre toutes les composantes du club. »

 

Dans sa mission au quotidien, Sébastien se définit comme un « éducateur », avant d’être un « entraîneur » avec des valeurs essentielles à inculquer aux jeunes : « le comportement, l’attitude c’est fondamental. On veut des jeunes habitués à travailler en équipe, l’arrogance ou l’individualisme ne fonctionnent pas ici. L’idéal est que le jeune attache autant d’importance au projet éducatif et à la vie en communauté qu’au sportif. Sur le plan sportif, un jeune du centre de formation s’entraîne en moyenne entre 5 à 7 fois par semaine. Pour autant, il n’y a pas forcément de compromis sur l'intensité dans les séances mais on varie le volume et la fréquence des entraînements. L’objectif étant de s’entraîner plus pour progresser dans l’activité sans pour autant se blesser ni ressentir de fatigue importante, encore moins d’usure psychologique... Par expérience, j’ai eu la chance d’avoir un garçon qui marche sur la planète football, Nicolas Pepe, et ce qui fait la différence c’est le talent bien sûr, mais aussi le fait d’avoir de la persistance dans la motivation, d’avoir la « flamme » en permanence, d’aimer plus le football que ce que peut te faire gagner le football. Pour moi, ce sont ces garçons-là qui sont allés au bout de leurs rêves. Ils aiment le foot à l’état pur.»

 

Sébastien nous a accordé un long entretien pour nous en dire plus sur la réorganisation du centre de formation et faire le bilan des équipes jeunes.

 

 

Sébastien, tu as dû coacher l’équipe réserve en plus de ton équipe U19 pendant quelques semaines en l’absence de François Seguin, comment as-tu géré cette période ?

 

« Dans le travail au quotidien, cela n’a pas changé grand-chose parce que la méthode utilisée est une méthode qui fonctionnait et qui convenait à l’ensemble du centre de formation, et il n’y a qu’un groupe d’entraînement pour les U19 et la N3. C’est plus dans le confort de travail, à se retrouver seul à animer les séances, on perd forcément en efficacité, en intensité dans l’animation, on est toujours plus forts à travailler à deux que seul, même si j’ai gardé le concours de notre jeune stagiaire préparateur physique, et qu’on s’est organisé aussi avec Mathieu Escolar pour faire des groupes de travail cohérents. En revanche, les week-ends ont, par déduction, été très chargés et le plus difficile fut de trouver l’énergie nécessaire pour maintenir le cap et répondre aux exigences des deux championnats.

 

Après, l’absence de François n’a pas forcément été facile à vivre car ce n’est jamais simple de voir un collègue nous quitter, je sais combien il est passionné par son travail. Au-delà de ça, je pense que l’acte fort vécu lors du match face à La Roche s/Yon a marqué les joueurs. Lorsque j’ai repris l’équipe, il y a eu de la continuité mais leur entraîneur, qui avait une forte personnalité et avait connu de la réussite, n’était plus là du jour au lendemain. Nous sommes restés un peu dans le flou un certain temps, mais l’arrivée de Sébastien Chapuis nous permet de recomposer l’organigramme et de redéfinir les tâches de chacun. Il faut maintenant tourner la page et s’adapter, démarrer quelque chose de différent. »

 

 

Tu étais entraîneur des U19 jusqu’ici, suite à l’arrivée de Sébastien Chapuis tu deviens le coach de l’équipe réserve, qu’est-ce que cela change pour toi ?

 

« Dans le quotidien, rien, car le travail reste le même. C’est plutôt un changement dans l’approche, dans le discours. Car notre groupe U19 étant plutôt constitué de 17/18 ans que de 19 ans, nous sommes encore dans la « formation » avec eux. En entraînant l’équipe réserve, c’est plus de la « post-formation ». Il faut plus affiner les choses, l’approche mentale est différente, on oriente le discours vers la compétition pour préparer les joueurs à aller avec le groupe National 1. Il faut aussi appréhender les redescentes de joueurs de National 1, les accompagner, et trouver rapidement une alchimie avec les jeunes de 18 ans qui sont en train de se révéler, et qui découvrent le football senior, pour faire en sorte que chacun puisse s’épanouir. Après, le football senior n’est pas une nouveauté pour moi, j’ai eu quatre ans et demi l’équipe réserve de Poitiers (Régional 1), cinq ans l’équipe première de Poitiers (National 3) et à Reims je pouvais parfois intervenir avec le groupe « Pro 2 » (National 2). Je tiens à remercier le Directoire et la gouvernance d’avoir choisi une solution interne pour remplacer François Seguin à la tête de l’équipe N3 et d’avoir accepté la venue de Sébastien Chapuis. »

 

 

Tu es à l’origine de l’arrivée de Sébastien Chapuis au club, toi qui l’as connu à Poitiers, peux-tu nous en parler ?

 

« Sébastien, je l’ai vu arriver au club de Poitiers, il était en licence Management du Sport, je l’ai reconnu du fait qu’il avait travaillé sur Canal +. Je l’ai vu très vite investi, très motivé, avec un œil intéressant et notamment une approche tactique assez vive. J’ai aimé sa motivation à se consacrer au football, à vouloir passer les diplômes et je l’ai accompagné dans ce sens-là en l’intégrant dans mon staff lorsque j’étais entraîneur de l’équipe première de Poitiers. J’ai d’abord été son tuteur pour le diplôme BEF et ensuite il était mon adjoint, me faisait les retours vidéo et était quotidiennement avec moi sur le terrain. On échangeait beaucoup, une abondance de compétences ne nuit pas, au contraire, le savoir de chacun dans un staff, cela permet de renforcer celui-là. Il a ensuite pris les U19 de Poitiers, il est donc déjà habitué à la circulation des joueurs entre les différentes équipes.

 

C’est bien d’avoir un regard extérieur. Je sais aussi le rapport qu’il a avec la jeune génération. J’ai commencé à entraîner en « Poussins » et j’ai gravi les échelons jusqu’aux seniors, c’est rare et je pense que c’est une richesse, mais les jeunes que j’ai entraîné il y a vingt ans, n’étaient pas les mêmes qu’il y a dix ans et ne sont pas les mêmes que maintenant. Je me refuse à critiquer les nouvelles générations, c’est trop facile de dire que c’était mieux avant … C’est bien d’avoir un jeune éducateur avec nous qui prenne ces jeunes en main, avec leur ressenti, leur façon de vivre, d’appréhender les réseaux sociaux. Je sais aussi que Sébastien pourra nous faire progresser dans l’utilisation de la vidéo au quotidien, on va certainement pouvoir filmer des séances, structurer des choses et avoir des exercices référentiels au club qu’on pourra matérialiser en images, ce qui sera plus interactif et visuel pour les garçons. »

 

 

Nous arrivons bientôt à la trêve, peux-tu nous faire un bilan des trois équipes (N3, U19 et U17) ?

 

« Le début de championnat de l’équipe réserve a été plutôt bien négocié. Après, comme dans tout bilan, il faut tout analyser. La majorité des équipes que nous avons jouées au départ, sont des équipes qui lutteront pour le maintien, tout comme nous. Nous avions aussi bénéficié de la fraîcheur de l’ensemble du groupe et des bienfaits de la préparation physique, tout comme de l’apport des retombées de la National 1. Aussi, au début il y a moins de suspendus et de blessés, tout le monde est apte et a envie de montrer de quoi il est capable. Même si nos effectifs sont extrêmement « ramassés », il n’est pas rare que des joueurs de N3 soient également alignés sur la feuille de match des U19 le lendemain, donc il se peut que sur la durée il y ait eu une forme d’usure psychologique. Par expérience, la période hivernale est propice aux absences dues aux premières longues blessures et évidemment, avec le cumul des cartons, aux suspendus. De plus, avec les fortes intempéries, notre volume d'entraînement quotidien s'en trouve perturbé. L’équipe National 3 a montré aujourd’hui qu’elle avait le niveau pour se confronter aux équipes de ce championnat. Il ne faut pas oublier qu’au départ l’équipe devait jouer en Régional 1 et a été repêchée. Aucun recrutement n’a été fait pour respecter le niveau National 3, mais c’était un recrutement de Régional 1 pour jouer la montée en N3, ce qui n’est pas du tout la même chose. Je pense qu’il y a de la rigueur, de l’investissement, de l’intensité dans le travail. Aujourd’hui, l’équipe N3 est à l’arrêt en termes de résultats, mais lorsqu’on est formateur, il faut bien pouvoir différencier le contenu du résultat, même si, dans le football senior, ce qui comptera sera le résultat final, car le métier des joueurs, s’ils poursuivent une carrière, sera de gagner des matchs.

Il faudrait réamorcer une nouvelle dynamique, redémarrer quelque chose au plus vite. J’ai bon espoir car, que ce soit le match contre le leader Châteaubriant ou celui contre la lanterne rouge La Flèche, il y avait un contenu consistant et les situations nous amènent à penser qu’on doit pouvoir réenclencher une dynamique positive. Il faut aussi que les joueurs se fassent à mon discours, et que je gagne leur confiance, cela passera par des résultats. Je trouve cependant que le groupe vit bien et continue à avancer, cela fait partie de l’apprentissage, de savoir perdre des matchs et faire en sorte de courber l’échine dans des moments difficiles et de savoir rebondir. On apprend aussi dans l’échec, cela permet de se remettre en question…

 

 

En U19, nous sommes à l’équilibre. C’est une catégorie « étau » entre les U17 et la National 3. Nous sommes tributaires des redescentes de la National 3 et du nombre de matchs dans le week-end car lorsqu’il faut aligner 4 équipes dans le week-end, nos effectifs très réduits nous laissent peu de marge de manœuvre avec une moyenne de 12,5 joueurs alignés sur la feuille de match, sur 16 possible. Lorsque l’équipe réserve ne joue pas, on a une équipe compétitive, de niveau moyen, de U19 Nationaux, mais lorsque les 4 équipes jouent, on peut être en manque de maturité avec des joueurs de 17 ans alignés. On joue jeune, découvrir la catégorie supérieure, c’est très bien car cela habitue les joueurs à la dureté de la compétition afin d’être aptes à s’imposer d’emblée lorsqu’ils sont amenés à évoluer à l’étage au-dessus mais cela a ses limites. Il ne faut pas oublier que nous sommes « formateurs », ce qui est différent « d’entraîneur », comme en National 3. En U17 et U19, nous sommes également attentifs à la progression, à l’épanouissement du garçon.

Les U19 sont à l’équilibre, avec un très bon parcours à domicile, le meilleur du club pour le moment avec aucune défaite, mais c’est aussi la seule équipe à n’avoir pris aucun point à l’extérieur. A domicile, nous avons gagné contre toutes les équipes qui sont censées être dans « notre » championnat. Le très bon match contre le Stade Rennais le week-end dernier, malgré l’effectif et le coaching non possible puisque nous n’étions que 11, me dit qu’on peut bâtir quelque chose de durable. Ce match est un vrai match référence dans tout ce qu’on peut attendre des valeurs inculquées : l’effort, la combativité, l’esprit de sacrifice, l’esprit d’équipe et l’humilité, c’est fondamental pour pouvoir avancer et reproduire ce type de performance car les prochains à se présenter aux Gandonnières le 18 décembre ce seront les Girondins de Bordeaux. On se déplace à Tours ce week-end dans le premier match de la phase retour, cela serait bien que nous puissions véritablement mettre cette équipe dans le rétroviseur.

 

 

Pour les 17 ans, c’est une saison très difficile, ils jouent très jeune, il n’est pas rare que 60 à 70% de l’équipe soit constituée de joueurs nés en 2004. L’écart de niveau entre les U16 Régionaux et les U17 Nationaux est important, on voit que nous avons des manques dans certains domaines, notamment athlétique, on peut réaliser de très bonnes séquences mais sur la longueur d’un match on montre des limites. Les matchs restent cependant cohérents, hormis le week-end dernier à Vitré, mais cette équipe-là n’a jamais rien lâché, il faut simplement qu’elle puisse être plus attentive aux moments clés des matchs comme les entames de matchs ou avant la mi-temps pour être récompensée de son abnégation. Nous allons soutenir les garçons, continuer à nous battre et tenter de gagner les matchs qui nous permettraient de nous maintenir. Personnellement j’y crois. Il ne faut pas que les garçons renoncent et tombent dans la sinistrose, c’est une saison faite de difficultés mais je les vois avancer, progresser malgré tout. »